Le visage de la peine de mort
Des fois, la perpétuité – et donc la pertinence – des idées révolutionnaires de l’homme m’assomme. En septembre 1981, le Maître Robert Badinter, élu ministre de la Justice peu avant, a fait voter l’abolition de la peine de mort en France. Dans son discours il a dit, entre autres, la chose suivante:
“Le choix qui s’offre à vos consciences est donc clair: ou notre société refuse une justice qui tue et accepte d’assumer, au no de ses valeurs fondamentales – celles qui l’ont faite grande et respectée entre toutes -, la vie de ceux qui font horreur, déments ou criminels ou les deux à la fois, et c’est le choix de l’abolition; ou cette société croit, en dépit de l’expérience des siècles, faire disparaître le crime avec le criminel, et c’est l’élimination.
Cette justice d’élimination, cette justice d’angoisse et de mort, décidée avec sa marge de hasard, nous la refusons. Nous la refusons parce qu’elle est pour nous tous l’anti-justice, parce qu’elle est la passion et la peur triomphant de la raison et de l’humanité. ” (p.226-227, Contre la peine de mort)
Bien qu’en vue des incursions subies, la France ne fasse pas recours à une peine de mort en tant que telle, les modalités de sa réaction politique et militaire y ressemblent dans leur nature. C’est de nouveau, et comme toujours, une “justice d’angoisse et de mort” et le triomphe de la peur qui dirigent ces représailles. Ce qui me choque toujours c’est que même les pays occidentaux, qui se proclament pays de civilisation et de liberté, succombent à ces instincts primitifs et se permettent un certain degré de sauvagerie voire barbarie dans leurs réactions au crime.
Sometimes, the perpetuity – and thus the pertinence – of men’s revolutionary ideas leaves me speechless. In September 1981, Robert Badinter, who had just been elected as minister of Justice, passed the vote on the abolition of the death penalty in France. In his speech he said, amongst other things:
“The choice that is lying in front of your consciences is thus clear: either
our society refuses a justice that kills and accepts, in the name of its
fundamental values – those that made it great and respected among all -, to
take on the lives of those, lunatics or criminals, or both together, that
horrify it, and that is the choice of abolition; or this society believes,
in spite of the experience of centuries, it can make crime disappear with
the criminal, and that’s elimination.
This elimination justice, this justice of anguish and death, decided with
its margin of hazard, we refuse it. We refuse it because it is, for us,
anti-justice, because it is passion and fear prevailing over reason and
humanity.”
Even though, in the light of the incursions suffered on its ground, France is not precisely resorting to the death penalty, the modalities of its political and military reaction are similar in nature. It is again, and always has been, a “justice of anguish and death” and the triumph of fear over reason and humanity that are guiding its retaliations. What I still find puzzling, is that the Western countries, which proclaim themselves countries of civilisation and liberty, succumb to these basic instincts and allow themselves a certain level of savagery or even barbarism in their reactions to crimes.